
Entre patrimoine et art
contemporain, le Conseil Général de la Haute-Savoie
poursuit son exploration des rapports
entre l’art et le site de la chartreuse de Mélan,
dans une approche la situant résolument au sein de la dynamique artistique
régionale et transfrontalière.
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Alain Sagaert
Chartreuse de Mélan. Taninges.
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Cet été 2005,
Alain Sagaert
investit l’ensemble de la chartreuse. Il y présente une installation in
situ, créée spécialement pour le lieu. Pour l’occasion, la grande chapelle
est totalement obscurcie, seule l’installation située en son centre propage
un flux de lumière rouge qui pénètre l’espace tout entier. D’un long plan
d’eau jaillit un enchevêtrement de graphismes lumineux rouges. Une légère
fumée émane du dispositif tandis que le son de différentes chutes d’eau
plonge le visiteur dans l’expérience de ses sensations. Ce que perçoit
l’oeil dans un premier temps se révèle, par réflexion dans l’eau, un
répertoire de mots : Humanité. Barbarie. Chaos. Présence. Passion.
Génocide. Exécution. Urgence… Des mots à la charge puissante, imbriqués
les uns sur les autres dans une structure chaotique… Démuni de ses repères
habituellement sollicités, le visiteur cherche un sens à son approche…
Alain Sagaert est né en 1962 à Paris. Ses œuvres s’inscrivent fréquemment dans des lieux monumentaux ou historiques dont il modifie la perception. Commissariat général de la manifestation : Alain Livache.
(c) photographies: Christian Rome. |
(c) photographies: Christian Rome.
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Organisation
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Une manifestation mise en
lien avec l’ensemble de la commune de Taninges.
Les médiations culturelles.
Edition
d’un catalogue.
Commander le catalogue:
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La chartreuse de Mélan
(XIIIe) et son cloître du XVIe
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Alain Sagert. c'était demain... De la résonance dans l’art…
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(c) photographies: Christian Rome.
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C’ETAIT DEMAIN
Hélène Gobillot. 2005.
Le travail d’Alain Sagaert est présenté à l’intérieur de la Chartreuse de Mélan.
Pour l’occasion, la grande chapelle est totalement obscurcie, seule
l’installation située en son centre propage un flux de lumière rouge dont
l’indicible vibration pénètre l’espace tout entier.
L’installation consiste en un long plan d’eau duquel jaillit un enchevêtrement
de graphismes lumineux rouges.
Une légère fumée émane du dispositif tandis que le son de différentes chutes
d’eau plonge le visiteur dans l’expérience de ses sensations.
Ce que perçoit l’oeil dans un premier temps comme un agencement de graphismes de
lumière, se révèle par réflexion dans l’eau, en un répertoire de mots.
Ainsi pouvons nous décrypter
PASSION.GÉNOCIDE.EXÉCUTION.URGENCE.CRUAUTÉ.ICI.JE SUIS
Des mots à la charge puissante, imbriqués les uns sur les autres dans une
structure chaotique.
Démuni de ses repères habituellement sollicités, le visiteur cherche un sens à
son approche physique et mentale, il tourne autour du plan, immergé par le son
de l’eau dont il cherche l’origine, confondu dans des images mentales provoquées
par la lecture des mots.
Les mots sont découpés à l’envers dans des caissons noirs, tels des sarcophages,
ils renferment une mémoire que l’immatérialité de la lumière rouge percute dans
une nouvelle cérémonie.
Conjointement à ce travail, de grandes photographies argentiques en noir et
blanc sont disposées sur les murs autour de l’installation.
Il s’agit de constats de visages, seul le rouge de l’installation les met en
lumière.
A regarder de plus près, ils résultent de différentes empreintes.
Des visages à l’identité trouble.
Féminin-Masculin, Humanité-Animalité, Attirance-Répulsion
Des constats à la limite de l’apparition et en cours de dislocation émergent
d’une zone en devenir, véritables parchemins en mutation.
Le registre de la figure humaine est ici envisagé dans toute sa complexité et
son ambiguïté se régénère aussi au décompte des mots.
HUMANITÉ.BARBARIE.CHAOS.VIOLENCE.PRÉSENCE.KAMIKAZE .
Ces mots inscrits en rouge pénètrent les visages et activent les profondeurs de
la chair transfigurée.
D’autres photographies sont présentées dans le cloître attenant à la grande
chapelle.
Au centre du jardin, un plan d’eau recueille l’immensité du ciel.
Les opposés s’inversent et se réfléchissent dans un espace conçu avant tout
comme un lieu de l’esprit.
Morceau de ciel piégé dans son mouvement, il faut s’incliner pour regarder sa
lumière.
Les photographies sont en couleurs, formats identiques, elles résultent d’un
travail numérique à partir des visages précédemment présentés.
Les couleurs sont crues, la technique domine, la lecture est évidente.
Les visages se troublent sous les lignes d’une icône Byzantine, sous les traits
de la Joconde, d’une sérigraphie d’Andy Warhol ou encore d’une anthropométrie
d’Yves Klein.
D’autres encore laissent voir des circuits électroniques, des plages numériques,
versions déshumanisées de la chair.
La technique s’impose et annonce un homme conscient qu’il est acteur d’une
nouvelle ère.
Les derniers réseaux de communication bouleversent et génèrent des comportements
radicalement différents, la maîtrise technique en permet l’assimilation, ce
travail propose des situations qui jouent sur les limites de la perception.
Cette galerie de portraits dresse un état des lieux d’où l’utilisation du
numérique n’est pas fortuite.
La figure apparaît ici comme la manifestation physique de toutes les énergies,
la synthèse de la matière vivante d’où les manipulations ne sont plus exclues.
En utilisant deux techniques, l’une argentique, l’autre numérique, Alain Sagaert
ouvre une piste.
A l’extrémité, dans la petite chapelle baignée dans l’obscurité, le visiteur est
saisi.
En son centre et à l’intérieur d’un grand néon blanc posé au sol, deux enfants
debout nous font face.
Leur présence est intense.
Chacun d’eux porte un masque à gaz, leurs corps sont comme fossilisés.
Est-ce l’évocation de la mémoire tragique du lieu ou la parabole d’une humanité
en quête d’humanisme?
La force de l’exposition tient à sa cohérence.
L’installation centrale cristallise l’ensemble.
contingences primales.
La lumière rouge, les visages, nous rappellent à des profondeurs mentales les
plus enfouies.
Dissociés des images télévisuelles auxquels ils sont fortement liés, les mots
s’affranchissent en partie du fait médiatique, politique et culturel et prennent
alors une autre dimension.
Il appartient au visiteur de trouver son chemin et de synthétiser ce qu’il
perçoit.
Il lui appartient d’entrer dans une introspection qui lui permettra de faire
corps avec l’oeuvre.
Alain Sagaert fragmente le réel, inverse le sens des choses, l’information est
bouleversée.
A contre courrant d’une sphère saturée d’informations et d’une consommation
passive de l’image, l’ensemble de ce travail nous invite à passer du statut de
consommateur à celui de regardeur, formulation chère à Marcel Duchamp.
En ordonnant les circonstances d’induction dans ses oeuvres, Alain Sagaert
provoque le champ d’une expérimentation physique, psychique et cérébrale forte.
La lumière rouge irradie l’espace, produit une énergie incandescente.
Les photographies à l’esthétique puissante énumèrent, à l’instar du bestiaire,
les épreuves d’un être en devenir.
Une à une, elles marquent de leurs figures, ni angéliques, ni démoniaques, une
humanité en marche.
La carnation de chaque visage fixe les énergies matérielles et spirituelles de
l’être, donne corps à la relation qu’entretient l’homme avec elles.
En ayant recours à différentes codifications, Alain Sagaert restitue la
complexité de la pensée.
C’ETAIT DEMAIN ?
Au cours de son évolution, l’événement essentiel de l’être humain a été le
redressement de son corps, c’est aussi en prenant conscience des choses et de
lui même qu’il peut construire son temps.
(c) Hélène Gobillot. 2005.
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