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Entre patrimoine et art contemporain, le Conseil Général de la Haute-Savoie
poursuit son exploration des rapports entre l’art et le site de la  chartreuse de Mélan,
 dans une approche la situant résolument au sein de la dynamique artistique
régionale et transfrontalière.

 

Alain Sagaert
c'était demain

 

Chartreuse de Mélan. Taninges. (74)
Du 8 juillet au 4 septembre 2005.

Cet été 2005, Alain Sagaert investit l’ensemble de la chartreuse. Il y présente une installation in situ, créée spécialement pour le lieu. Pour l’occasion, la grande chapelle est totalement obscurcie, seule l’installation située en son centre propage un flux de lumière rouge qui  pénètre l’espace tout entier. D’un long plan d’eau jaillit un enchevêtrement de graphismes lumineux rouges. Une légère fumée émane du dispositif tandis que le son de  différentes chutes d’eau plonge le visiteur dans l’expérience de ses sensations. Ce que perçoit l’oeil dans un premier temps se révèle, par réflexion dans l’eau, un répertoire de mots : Humanité. Barbarie. Chaos. Présence. Passion. Génocide. Exécution. Urgence… Des mots à la charge puissante, imbriqués les uns sur les autres dans une structure chaotique… Démuni de ses repères habituellement sollicités, le visiteur cherche un sens à son approche… 
Comme l’indique Hélène Gobillot, <<Est-ce l’évocation de la mémoire tragique du lieu ou la parabole d’une humanité en quête d’humanisme? >> Alain Sagaert capte nos sensations pour mieux ensuite nous inviter à la réflexion.
Conjointement à ce travail, de grandes photographies sont disposées sur les murs autour de l’installation. Des visages, qui marquent de leurs figures, ni angéliques, ni démoniaques, une humanité en marche.
C’était demain…

Le cloître et la petite chapelle latérale sont eux aussi investis par l’artiste…


<<La communication du message de Sagaert entend rester de l’ordre esthétique, c’est-à-dire de l’amorce de la connaissance par l’esprit et par les sens. Ensuite, c’est à nous de voir ou de vouloir sentir un peu plus loin dans l’au-delà.>>
Pierre Restany. 1998.

 Alain Sagaert est né en 1962 à Paris. Ses œuvres s’inscrivent fréquemment dans des lieux monumentaux ou historiques dont il modifie la perception.  

Commissariat général de la manifestation : Alain Livache.  


C’était demain... Chartreuse de Mélan. Eglise, vue générale.
 Caissons lumineux, plan d’eau, son et photographies.
Au sol : 1200 x 200 cm.


C’était demain... Chartreuse de Mélan. Cloître, déambulatoire, détail.
Photographies : Mutation. Photos couleur argentiques et traitement
d’image numérique. Chacune : 100 x 120 cm.

(c) photographies: Christian Rome.


C’était demain... Chartreuse de Mélan. Eglise, installation au sol.
 Caissons lumineux, plan d’eau.


C’était demain... Chartreuse de Mélan. Eglise, installation au sol.
 Caissons lumineux, plan d’eau.


C’était demain... Chartreuse de Mélan. Chapelle latérale.
 Néon, masques à gaz, cendre, pétales et matériaux mixtes.
Diamètre : 100 cm. Hauteur : 110 cm.


       C’était demain... Chartreuse de Mélan. Cloître.
Installation au sol : métal oxydé, plan d’eau.
400 x 400 cm. Diamètre: 300 cm. 

(c) photographies: Christian Rome.


Mutation.  2003. Chaque portrait : 100 x 120 cm.  Collaboration /présence photographique. Catherine Jourdan.
Argentique et tirages numérique.

Organisation


ODAC. Office départemental d’animation culturelle.
18 Avenue du Trésum. 74000 Annecy. Tél : 04 50 45 63 77

 

 

Une manifestation mise en lien avec l’ensemble de la commune de Taninges.
A partir de la chartreuse et du parc de sculptures, la manifestation se développe également à la MJC et à la Mairie. 
Des rencontres et médiations favoriseront le dialogue et l’inscription de la manifestation au sein du tissu social de Taninges.

Les médiations culturelles.
Un souci particulier est apporté à la médiation de la manifestation : fiches d’information, visites commentées, rencontres avec l’artiste, espace documentaire.
Un médiateur spécialisé est présent tous les après-midi (sauf le mardi).

 Edition d’un catalogue.
A l’occasion de la manifestation, un catalogue monographique de l’artiste est publié par le Conseil Général de la Haute-Savoie. 96 pages, 100 photos couleurs et textes critiques. 8 €. + frais de port.

Commander le catalogue:
Renseignements: Alain Livache: 06 87 2 25 77
ou
alain.livache@wanadoo.fr

 

 

La chartreuse de Mélan (XIIIe) et son cloître du XVIe
L’acte de fondation de la Chartreuse, couvent de moniales de l'ordre de la Chartreuse, date de 1285. Le cloître fut reconstruit en 1530 après l’incendie de1528. La Révolution française chassera les dernières moniales. En 1905 on y établira un orphelinat départemental. En 1967 un incendie anéantit les bâtiments. Seuls furent sauvés l'église, le cloître et la ferme.
Le Conseil Général a souhaité donner à la Chartreuse la vocation d'un pôle d'art contemporain et de concerts.


Chartreuse de Mélan.

 

Alain Sagert. c'était demain...

De la résonance dans l’art…
Alain Livache. 2005.


Une œuvre :des mots, des sons de cascades, des visages, étranges, incertains, l’embrasement rougeoyant de la nef. Une immersion pleine et tranquille. Et concomitamment, l’irruption de la brutalité du monde, des évènements qui le ponctuent.
C’était demain. Une ambivalence.
Un site : la Chartreuse de Mélan. XIII ème siecle. L’espace imposant de sa grande chapelle, ses chapelles latérales, son cloître exceptionnel. La trace inévitable de celles et ceux qui la traversèrent.
C’était demain. Une permanence.
Un artiste. Alain Sagaert. Une présence.
Une œuvre, un site, un artiste.

S’emparer de la chartreuse de Mélan, c’est pour l’artiste à nouveau résoudre l’enjeu de l’intervention artistique in situ. C’est prendre le lieu sans s’y perdre, c’est s’éprendre de son histoire sans s’y fondre, c’est la bousculer sans la nier.
Avec Alain Sagaert, la chartreuse devient le réceptacle actif d’une pensée qui se distingue subtilement du concept originel du lieu : Spirituel – religieux – mystique.
Car l’enjeu de l’art et en particulier de l’art contemporain au sein des lieux patrimoniaux spirituels est complexe : Comment éviter le mimétisme illustratif avec le lieu, quand bien même les formes et langages utilisés sont d’apparences contemporains ? Comment éviter l’asservissement à la charge religieuse du lieu, sans cependant l’ignorer ?
La réponse d’Alain Sagaert est subtile : convoquer le plus petit commun multiple entre l’espace religieux et l’espace profane : la nécessité de la réflexion sur notre monde, l’inévitable questionnement métaphysique. En somme, mettre un coin entre matérialisme et transcendance, entre sensation englobante et distance critique.

L’artiste nous plonge dans un bain de sensations pour mieux ensuite nous amener à la réflexion.
Ainsi, dans un premier temps, le spectateur est pris, englobé. Dans l’obscurité apparente du lieu, l’embrasement de lumière, produit par les néons rouges insérés dans les caissons, rend flottante la perception des volumes, des voûtes et des murs. Le son de quatre cascades invisibles ponctuent en quadriphonie l’avancée du spectateur autour de la structure centrale « au miroir ». La légère vapeur qui émane du miroir d’eau dans lequel s’inscrivent les caissons finit de nous situer hors conscience, ramenés à une sorte de placenta onirique.
Seconde phase, l’effet miroir au sens littéral du terme : à s’approcher des caissons on décrypte, réfléchis dans l’eau, 32 mots qui brutalement convoquent le monde. Un constat objectif, sans détour, une sémantique sans verbe ni adjectif : Passion – Urgence – Lapidation – Ingérence – Chaos – Humanité – kamikaze… Et puis aux murs, cinq portraits androgynes en noir et blanc, que seule la lumière rouge éclaire.
En contrepoint du bain de perception initial, ces mots et ces visages engagent le paradoxe : une densité de sensations d’une part, une acuité de réflexion d’autre part.
Que sommes nous face à ce monde ? Qui sommes nous dans ce monde ?

Depuis le début du XX ième siècle, avec Kurt Schwiters, le mot a fait irruption dans le tableau. C’est alors plus le signifiant que le signifié qui importe. Même si le sens ne peut se distinguer totalement de son support, c’est, avant tout, le fait même d’importer un mot dans l’histoire de la peinture qui domine. Reste néanmoins le décalage opéré par Schwitters dans la perception classique picturale. Un double niveau de lecture : plastique et linguistique. Suivirent de peu Braque et Picasso. Aujourd’hui, Jenny Holzer ou encore Barbara Kruger sont de ces artistes qui s’accaparent le mot comme principal médium plastique. Et en l’occurrence, c’est bien le signifiant qui survient d’abord. Jenny Holzer s’immisce au sein des enseignes lumineuses publicitaires déroulantes de nos villes pour y intercaler subrepticement des aphorismes, des injonctions à vivre autrement. Barbara Kruger détourne quant à elle le langage publicitaire et médiatique pour mieux le stigmatiser. Dans les deux cas il y a injonction faite au spectateur.
Le mot, avec Sagaert, est à vif. Il ne tient que par lui même, que par ce qu’il évoque : souvent la barbarie et la violence, même si la trace d’une trace humaniste persiste, minoritaire, au sein de l’inventaire : Présence – Je suis – Humanité – Terre.
Pas de narration donc, pas d’injonction, pas d’opinion. Un constat, que d’aucun dira lugubre et pessimiste. Mais à bien y réfléchir… un simple état du monde, froid et distant, diamétralement différent de l’ambiance créée alentour. Un dialogue entre l’immanence (ce qui traverse horizontalement le monde, en quelque sorte le politique) et la transcendance (ce qui le projette verticalement, en quelque sorte le poétique).
C’est la mise en œuvre de cet interstice qui fait la force de l’installation, qui lui donne son impact et tout compte fait sa cohérence.
L’œuvre nous incite à faire l’expérience de la responsabilité. La présence des 32 mots (des 32 maux ?) vient à dessein troubler l’emprise de la sensation produite par l’esthétique ambiante. Les mots déclenchent l’autre versant de notre être : le cognitif, le langage. C’est ainsi que nous sommes rendus responsables de notre lecture. Alain Sagaert nous propose l’alternance entre le laisser faire ou le lâcher prise et la conscience aiguë du Monde. Il faut faire un effort pour décrypter ces mots. Il faut faire un effort pour accepter de lire cette litanie contemporaine dans le bain de sensations produites incitant avant tout à la contemplation.
Que cela soit figuré à la Chartreuse enrichit singulièrement la présence de l’œuvre. On l’a dit, l’œuvre n’a pas d’ancrage directement religieux, probablement pas non plus d’entourage spirituel au sens transcendantal du terme. Mais on peut dire qu’elle fonctionne néanmoins aussi comme une prière, de celles qui ont pu résonner dans ce lieu, lorsque quelques moniales recluses émettaient sans autres auditeurs qu’elles même leur prières…

C’était demain… Rarement un titre aura autant insufflé du sens à une oeuvre.
Une licence poétique qui déconstruit la linéarité grammaticale habituelle du temps. L’avant, le pendant, l’après. Le passé, le présent, le futur.
Cette conjugaison opère directement sur le sens général : C’était demain… est une proposition à priori impossible. Une locution que l’on peut tourner et retourner sans jamais la circonscrire tout à fait.
Génocide, Barbaries, Exécution, Pollution, Otages, Mondialisation…
C’était il y a peu envisagé pour demain…, c’est aujourd’hui.
Plus jamais ça…, c’est pourtant encore là.
Demain on peut le craindre…, c’est déjà là.
Le temps n’est pas suspendu. Il est dilué, il flotte.
C’était demain, ce sera hier…

Les mots sont là, les portraits aussi. Cinq portraits en noir et blanc autour des caissons lumineux dans la grande chapelle, douze en couleur dans le déambulatoire du cloître autour du miroir à ciel ouvert. Ces portraits intitulés Mutation procèdent d’un processus engagé par l’artiste en collaboration avec Catherine Jourdan. Régulièrement (et sans terme prévisionnel posé) les deux protagonistes réalisent des portraits d’eux même. Alain Sagaert s’empare ensuite des deux portraits pour les fondre en un seul visage, androgyne. Chacun y est et n’y est pas. Chacun y côtoie au plus près l’autre. en mutation. Un clonage singulier. On pense à la démarche d’un Roman Opalka qui tout en peignant chaque jour sur la toile la suite des nombres, se prend quotidiennement en photo, ponctuant ainsi son rapport au temps. On aurait peut être tord de penser trop vite à Andy Warhol, même si les phénomènes de colorisations travaillés par Alain Sagaert pourraient au demeurant y renvoyer. Warhol stigmatise une société qui banalise l’être comme un simple produit, au même titre qu’une boite de soupe ou une bouteille de soda. Sagaert crée un nouvel humain, qui bien que produit par l’association en mutation de deux visages, l’un masculin, l’autre féminin, n’en demeure pas moins une identité autonome. C’est même ce qui en produit l’étrangeté et le trouble.
Il n’y a pas là une entreprise affective d’ordre personnelle ou intime. Car « Elle » reste distanciée de l’auteur, Elle est l’Autre. L’autre associée. C’est d’ailleurs probablement pour cela que l’effet produit nous renvoie chacun à notre propre identité.
Eux, c’est vous et moi. Là encore, le rapport complexe entre émotion et conscience se développe.

Il convient également d’évoquer la couleur omniprésente. On l’a dit, celle ci est provoquée par les néons au sein des caissons où sont inscrits les mots. Couleur immatérielle puisque générée par la seule énergie émanant des néons. Comme dans les installations aux néons de Dan Flavin, l’œuvre est déterminée par l’architecture elle même. On ne peut être plus in situ… Et si l’on est plongé dans un bain de sensation, la couleur est impalpable. Elle est résonance. Kandinsky le note : << Le monde est remplit de résonances ». Sagaert les actionnent. Conjointement aux résonances froides des mots-miroirs.
La dominante rouge de la grande chapelle est incandescence. Chaude, certes, mais aussi, à l’image de l’ensemble de l’installation, ambivalente : cet embrasement est aussi celui du monde. L’embrasement comme une transition inéluctable vers la cendre ? Comme dans certaines peintures de Rothko où le rouge progressivement se fond en noir…

Pour revenir à Kandinsky qui énonce que << c’est par la sensibilité seule que l’on parvient à atteindre le vrai dans l’art>> et que << l’art agissant sur la sensibilité, il ne peut agir que par la sensibilité>>, Alain Sagaert tente de pousser un peu plus loin le postulat, pour intégrer à cette approche exclusivement sensible une part réflexive.

Nous sommes quotidiennement plongés dans un bain d’images médiatiques séduisantes, publicités – productions télévisuelles attrayantes – émotions superficielles et de consommation immédiate. Nous sommes entraînés vers des croyances qui tiennent plus de la magie et de la superstition que du questionnement métaphysique ou de l’analyse scientifique. Nous sommes de plus en plus enclins à exprimer des ressentis diffus, des émotions directes plutôt que des opinions.
Nous ne percevons le monde que par nos sensations. Nos perceptions sont nos interfaces avec le monde, avec autrui.
L’art oscille régulièrement entre deux positions : Produire de l’émotion en lui donnant sens. Produire de la pensée en lui donnant forme. La fameuse controverse entre émotion et concept… . Il faudrait alors choisir…
L’œuvre d’Alain Sagaert n’entend pas apporter réponse au dilemme, mais, de fait, C’était demain place le spectateur dans cette double dimension. Deux registres à priori. Au bout du compte, une œuvre, une synthèse.
Certes, Alain Sagaert nous donne sa vision du monde. Il en décline les maux. Certes il produit en même temps une esthétique plastique personnelle et singulière. Mais ce qu’il induit surtout procède d’une autre dynamique. Le spectateur n’est pas placé en observateur de cette vision du monde, et il n’est pas seulement le jouisseur du bain sensible de l’auteur. Il est engagé à se situer à l’intérieur du monde. Alain Sagaert met en place les outils d’une véritable expérimentation de notre rapport intime au monde: entre attraction et répulsion. Emotion et réflexion. Plaisir et malaise. Responsabilité et aliénation. Identité et altérité. Subjectif et objectif.

Alain Sagaert nous renseigne plus sur nous même que sur l’état de notre planète. Mais le devenir de cette petite planète dépend essentiellement de ce que chacun de nous en fera…

Aujourd’hui - Demain.
Hier déjà ?


(c) Alain Livache. 2005.

 

 


C’était demain... Chartreuse de Mélan. Eglise, installation au sol. Détail
 Caissons lumineux, plan d’eau.


C’était demain... Chartreuse de Mélan. Eglise, installation au sol. Détail
 Caissons lumineux, plan d’eau.

 

                
Mutation.  2003. Chaque portrait : 100 x 120 cm.  Collaboration /présence photographique. Catherine Jourdan.
Argentique et tirages numérique.

 

 


     C’était demain... Chartreuse de Mélan. Cloître.
Installation au sol : métal oxydé, plan d’eau.
400 x 400 cm. Diamètre: 300 cm. 

 


     C’était demain... Chartreuse de Mélan. Cloître. détail
Installation au sol : métal oxydé, plan d’eau.
400 x 400 cm. Diamètre: 300 cm. 

 

 


C’était demain... Chartreuse de Mélan. Eglise, installation au sol. Détail
 Caissons lumineux, plan d’eau.

 


C’était demain... Chartreuse de Mélan. Chapelle latérale. Détail
 Néon, masques à gaz, cendre, pétales et matériaux mixtes.
Diamètre : 100 cm. Hauteur : 110 cm.

(c) photographies: Christian Rome.

 

 

 C’ETAIT DEMAIN

Hélène Gobillot. 2005.


Le travail d’Alain Sagaert est présenté à l’intérieur de la Chartreuse de Mélan.
Pour l’occasion, la grande chapelle est totalement obscurcie, seule l’installation située en son centre propage un flux de lumière rouge dont l’indicible vibration pénètre l’espace tout entier.
L’installation consiste en un long plan d’eau duquel jaillit un enchevêtrement de graphismes lumineux rouges.
Une légère fumée émane du dispositif tandis que le son de différentes chutes d’eau plonge le visiteur dans l’expérience de ses sensations.
Ce que perçoit l’oeil dans un premier temps comme un agencement de graphismes de lumière, se révèle par réflexion dans l’eau, en un répertoire de mots.
Ainsi pouvons nous décrypter
PASSION.GÉNOCIDE.EXÉCUTION.URGENCE.CRUAUTÉ.ICI.JE SUIS
Des mots à la charge puissante, imbriqués les uns sur les autres dans une structure chaotique.
Démuni de ses repères habituellement sollicités, le visiteur cherche un sens à son approche physique et mentale, il tourne autour du plan, immergé par le son de l’eau dont il cherche l’origine, confondu dans des images mentales provoquées par la lecture des mots.
Les mots sont découpés à l’envers dans des caissons noirs, tels des sarcophages, ils renferment une mémoire que l’immatérialité de la lumière rouge percute dans une nouvelle cérémonie.
Conjointement à ce travail, de grandes photographies argentiques en noir et blanc sont disposées sur les murs autour de l’installation.
Il s’agit de constats de visages, seul le rouge de l’installation les met en lumière.
A regarder de plus près, ils résultent de différentes empreintes.
Des visages à l’identité trouble.
Féminin-Masculin, Humanité-Animalité, Attirance-Répulsion
Des constats à la limite de l’apparition et en cours de dislocation émergent d’une zone en devenir, véritables parchemins en mutation.
Le registre de la figure humaine est ici envisagé dans toute sa complexité et son ambiguïté se régénère aussi au décompte des mots.
HUMANITÉ.BARBARIE.CHAOS.VIOLENCE.PRÉSENCE.KAMIKAZE .
Ces mots inscrits en rouge pénètrent les visages et activent les profondeurs de la chair transfigurée.
D’autres photographies sont présentées dans le cloître attenant à la grande chapelle.
Au centre du jardin, un plan d’eau recueille l’immensité du ciel.
Les opposés s’inversent et se réfléchissent dans un espace conçu avant tout comme un lieu de l’esprit.
Morceau de ciel piégé dans son mouvement, il faut s’incliner pour regarder sa lumière.
Les photographies sont en couleurs, formats identiques, elles résultent d’un travail numérique à partir des visages précédemment présentés.
Les couleurs sont crues, la technique domine, la lecture est évidente.
Les visages se troublent sous les lignes d’une icône Byzantine, sous les traits de la Joconde, d’une sérigraphie d’Andy Warhol ou encore d’une anthropométrie d’Yves Klein.
D’autres encore laissent voir des circuits électroniques, des plages numériques, versions déshumanisées de la chair.
La technique s’impose et annonce un homme conscient qu’il est acteur d’une nouvelle ère.
Les derniers réseaux de communication bouleversent et génèrent des comportements radicalement différents, la maîtrise technique en permet l’assimilation, ce travail propose des situations qui jouent sur les limites de la perception.
Cette galerie de portraits dresse un état des lieux d’où l’utilisation du numérique n’est pas fortuite.
La figure apparaît ici comme la manifestation physique de toutes les énergies, la synthèse de la matière vivante d’où les manipulations ne sont plus exclues.
En utilisant deux techniques, l’une argentique, l’autre numérique, Alain Sagaert ouvre une piste.
A l’extrémité, dans la petite chapelle baignée dans l’obscurité, le visiteur est saisi.
En son centre et à l’intérieur d’un grand néon blanc posé au sol, deux enfants debout nous font face.
Leur présence est intense.
Chacun d’eux porte un masque à gaz, leurs corps sont comme fossilisés.
Est-ce l’évocation de la mémoire tragique du lieu ou la parabole d’une humanité en quête d’humanisme?
La force de l’exposition tient à sa cohérence.
L’installation centrale cristallise l’ensemble.
contingences primales.
La lumière rouge, les visages, nous rappellent à des profondeurs mentales les plus enfouies.
Dissociés des images télévisuelles auxquels ils sont fortement liés, les mots s’affranchissent en partie du fait médiatique, politique et culturel et prennent alors une autre dimension.
Il appartient au visiteur de trouver son chemin et de synthétiser ce qu’il perçoit.
Il lui appartient d’entrer dans une introspection qui lui permettra de faire corps avec l’oeuvre.
Alain Sagaert fragmente le réel, inverse le sens des choses, l’information est bouleversée.
A contre courrant d’une sphère saturée d’informations et d’une consommation passive de l’image, l’ensemble de ce travail nous invite à passer du statut de consommateur à celui de regardeur, formulation chère à Marcel Duchamp.
En ordonnant les circonstances d’induction dans ses oeuvres, Alain Sagaert provoque le champ d’une expérimentation physique, psychique et cérébrale forte.
La lumière rouge irradie l’espace, produit une énergie incandescente.
Les photographies à l’esthétique puissante énumèrent, à l’instar du bestiaire, les épreuves d’un être en devenir.
Une à une, elles marquent de leurs figures, ni angéliques, ni démoniaques, une humanité en marche.
La carnation de chaque visage fixe les énergies matérielles et spirituelles de l’être, donne corps à la relation qu’entretient l’homme avec elles.
En ayant recours à différentes codifications, Alain Sagaert restitue la complexité de la pensée.
C’ETAIT DEMAIN ?
Au cours de son évolution, l’événement essentiel de l’être humain a été le redressement de son corps, c’est aussi en prenant conscience des choses et de lui même qu’il peut construire son temps.


(c) Hélène Gobillot. 2005.
 

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